mercredi 21 décembre 2011

80.- Tabula Rasa

Ton frigo brise, ton chien crève, tu les remplaces.
Ta blonde te quitte, tu restes seul quelques semaines.
Ta nouvelle blonde est géniale, mais tu es sale à l'intérieur.

Ton travail te fait chier, tu es trop lâche pour le quitter.
Ta routine engourdit les jours, tu passes les semaines.
Ta nouvelle blonde te quitte, tu veux vraiment être seul.

Ton deuxième parent meurt, même vieux, tu deviens orphelin.
Tu te réveilles un matin, tu ne te reconnais plus dans le miroir.
Tu perds pied dans ta vie, tu tombes dans le bruit.

Ton temps n'a plus de direction, ton espace plus de sens.
Ton caractère n'a plus de guide, ton cœur plus de passion.
Ton masque sera le nôtre, que tu le veuilles ou non.

Et des Inavouables, tu seras le treizième.

vendredi 25 novembre 2011

79.- The Last King

Do you hear that, my son?

Drums of war. Many, by the sound of it. Hundreds, thousands, perhaps. I haven't heard that many since the battle of Rüthengaard. On that faithful day, however, they were beating for our army, so that the great doors to the other side would open and welcome the glorious fallen. Today, my feeble bones shake, for this is the enemy's drums I hear, and I know them to be made of the very skin of our brothers and sisters in the West.

Time is short, my son. So many things I wish I could have shown you. The sacred old tree atop Mount Horumf. The city of silver, where your mother and I met. The endless wheat plains of Dögunburg. Such is not your destiny, it seems. You are young, but you are wise for your age. I am not afraid, and nor should you be. Our bloodline has known a blessed way of life for generations, for this I am grateful.

I am sorry, my son. Great sorrow filled my heart as I drove my blade through yours. I only wished for you to leave this world without knowing the horrors of war. I pray for my ancestors to understand. I hope for you to forgive me. I may have brought this upon us, for I have grown weak and complacent. Yet, I have lived an honorable life, and I plan to meet an honorable death. Thus, I will ride into battle one last time. By dawn, I hope I will have joined you in the deep slumber.

I love you, my son.

lundi 11 avril 2011

78.- Là-bas

Je vivrai en ce lieu où le vent sera bon, où il saura se faire à la fois chaud et doux entre chacune de ses siestes. Tout comme s'il venait de la mer, il soulèvera nos cheveux et caressera les sourires que nous lui rendrons. Nous connaîtrons la confiance, car il sera fidèle.

Je vivrai en ce lieu où le soleil sera juste, où il nous fera connaître de ces jours de printemps qui invitent les éveils. Il brûlera pour nous dans le grand ciel d'été, duquel il ne se retirera humblement que pour céder sa place à l'intimité de la nuit. Nous n'aurons jamais peur, car il nous protègera.

Je vivrai en ce lieu où la pluie sera calme, où elle sentira le matin et sera toujours fraîche. Elle connaîtra nos noms et nous les murmurera, ne nous mouillant qu'un peu et nous rappelant nos mères. Nous serons toujours paisibles, car elle veillera sur nous.

Je vivrai en ce lieu où l'enfance sera sacrée, où elle sera le plus long de tous les rituels. Elle se devra d'être chérie et entretenue comme le plus précieux des bibelots, sans en venir pourtant à prévenir sa mort. Nous serons toujours heureux, car nous aurons des mains à tenir.

jeudi 10 mars 2011

77.- Dans le feu de l'action

J'ai complètement perdu le fil du temps. Je suis capable de dire qu'il passe encore parce que j'en vois les effets autour de moi, mais je n'y porte plus vraiment attention. Tout est neuf, tout est vieux, tout est intemporel. Je ne sais pas quoi en penser, sinon que je suis bien là-dedans.

Je mange des jujubes, je me crème les coudes, je fais exploser des gobelins, j'analyse des prédicats logiques, j'entraîne des Pokémon, j'embrasse des princesses. On dira ce qu'on voudra, moi je trouve que ça rock, comme situation de vie.

Dans le feu de l'action, tout ne dure qu'un instant.
Au fil du temps, tous les moments se tissent et se tressent.
Puis on se retourne et on voit la mosaïque de notre nouvelle vie.

jeudi 17 février 2011

76.- Manly Breakfast

1. Jeter dans une poêle chaude la moitié d'un paquet de bacon préalablement déchiré à mains nues en écoutant du métal. Hurlements de loup en option.

2. Les gras naturels du bacon bien relâchés, ajouter à la poêle deux œufs précédemment cassés sur votre propre front. Ne pas essuyer votre front.

3. Brouiller les œufs en remuant brutalement et sans amour à des intervalles réguliers. Prendre le temps de réaliser que vous dominez la chaîne alimentaire.

4. Les oeufs bien pris, ajouter dans la poêle du fromage râpé de votre choix. Astuce : choisir un fromage relevé et sec ajoute du goût sans ajouter trop de gras. Lire ici : fuck le mozzarella, les fils c'est pour les enfants!

5. Le fromage fondu et bien intégré au mélange, ajouter à votre goût au moins deux types de sauce piquante ainsi qu'au moins une épice. Cette étape sépare les amateurs des véritables guerriers.

6. Servir directement dans vos mains et déguster sans ustensiles. Rehausser à nouveau de sauce piquante pour ceux qui n'ont pas peur du délice.

lundi 14 février 2011

75.- Rations

Couché dans mon lit simple, mon portable sur le ventre, je remonte le col de mon t-shirt sous mon nez et les couvertures sur moi. Je replace mes cheveux chargés de neige, parce qu'ils me coulent dessus. Je mouche mon nez qui coule pour une quelconque raison.

À côté de moi, deux beurrées de mousse au saumon fumé et une grande tasse de thé noir irlandais. Tout autour de moi, l'odeur de la demoiselle, témoignage irréfutable de son passage. Sous moi, dans le lit, ce qu'il reste de sa chaleur. Comme seul lègue physique, une de ses plumes.

En ce petit matin de Saint-Valentin, je me passe la remarque que pour un gars qui improvise, je suis pas mal du tout. Gorgée de thé à ma santé! Je ne réalise pas encore la pleine ampleur. Tout ce que ça implique, tout ce que ça change. Cette année, je gagne la Saint-Valentin.

Et la vie est belle.

mercredi 9 février 2011

74.- Reprendre mon souffle

J'essaie de bouger tout le temps parce que je sais très bien ce qui m'arrive quand j'arrête de bouger. Tout ce que je traîne derrière me rattrape et m'empoisonne, pour le meilleur et pour le pire. Si je fais l'erreur d'arrêter de bouger, je sens que je me remplis, que le courant à l'intérieur de moi est fort : je sens les vagues cogner contre mes parois.

À l'occasion, les vagues sont trop fortes, et je perds l'équilibre pendant un instant, mais jamais trop longtemps. Par moments, je me permets de goûter l'eau. Après tout, autant en profiter, puisqu'elle est à la bonne température. Je m'arrête pour respirer quelques secondes, les poings crispés pour garder ma concentration.

L'air salin de l'océan se rend à moi, mais je ne vois pas la plage pour l'instant. Je sais qu'elle n'est pas loin, pourtant. Le soleil est fort et il me tape sur les joues. J'entends les mouettes. Quand j'ai un moment de doute, je reprends pied en écoutant mes inspirations.